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Sujet: Chemin vers le port - Départ Mer 10 Nov - 7:05
C'était étrange... Il était pourtant venu dans cette ville de nombreuses fois avant - certes moins que le reste de sa fratrie, mais tout de même... - et c'était tout comme il la découvrait pour la première fois. Son regard s'attardait sur les toits des maisons, sur les reflets de la glace aux gouttières, sur les ciselures qui avaient certainement été travaillées des heures entières sur le bois des portes, sur les cristaux qui se formaient et fondaient en gouttes étincelantes sur les fenêtres des foyers, ou grandissaient comme une toile de givre sur celles qui restaient dans le froid... Une multitude de petits détails qu'il semblait ne jamais avoir remarqué avant... Et ce palais de glace... Tout cela, pour la première fois, il le trouva magnifique. Avec un sourire - de la nostalgie ? - et un peu de vapeur qui s'échappa d'entre ses lèvres, Eryl s'arrêta, comme pour contempler un peu plus longtemps les merveilles dont sa cité était faite. Heureusement, il n'y avait pas foule à cette heure. Sans savoir pourquoi, la chaleur des corps qui se pressaient autour de lui le rendaient particulièrement mal à l'aise. Mais là, il se sentait bien. Il s'agenouilla lentement, et prit une poignée de neige entre ses mains gantées. Il la porta à son visage, et la respira. Longuement. C'était bien de la neige... pourtant, elle n'avait pas la même odeur que par chez lui. Pas la même odeur que celle du Bosquet. Elle avait une odeur... métallique. L'odeur qu'il associait aux humains. Pensivement, l'une de ses mains effleura l'une des dagues qu'il portait au côté. Il était humain. Penser cela avait parfois quelque chose de... déstabilisant. Il l'était sans aucun doute. Sa physionomie, ses mouvements ne pouvaient être qu'humains. Même s'il avait apparemment quelques comportements qui leur semblaient étranges...
Père lui avait raconté cette anecdote. Ca ressemblait à une histoire que l'on réserve aux enfants, un conte, rien de réel. Pourtant, c'était bien arrivé, on le lui avait assuré. Ses souvenirs d'enfance semblaient trop vagues, trop incertains pour qu'il puisse s'y fier, mais lorsque Père commençait son récit, ils venaient compléter à merveille ses mots. Il avait été adopté par cette femelle... Et si son père n'était pas venu le chercher, il n'était pas difficile de croire qu'elle l'aurait élevé... peut-être... sans doute... était-ce un espoir qu'il gardait en lui ? Il était différent. Sa rencontre avec les lynx avait peut-être provoqué cela. Ou il était ainsi depuis le début et cet évènement avait seulement été un déclencheur pour qu'on le remarque. Qui savait ? Mais dans sa famille, il était unique, comme chacun de ses frères et sœurs. Il ne sentait pas le poids des regards comme au milieu des inconnus. C'était comme... s'il dégageait quelque chose qu'ils ressentaient sans que lui-même ne s'en rende vraiment compte. Il rit en lui-même. Etait-il un prédateur pour eux tous ?
Toujours était-il que cette histoire - son histoire - l'avait fasciné. Et le Bosquet exerçait sur lui une attraction indéniable. On lui raconta qu'il avait par plusieurs fois tenté d'y retourner. Alors même qu'il n'avait pas encore l'âge de se rendre compte de ce qu'il faisait. Aussi, l'accès lui en fut-il interdit. Il ne pouvait s'y rendre qu'accompagné. Ayant grandit, et connaissant son antécédent, il comprenait parfaitement cette décision. Sans que cela ne change quoique ce soit à ses sentiments... Il réussit à s'y rendre en douce quelques fois, et il aperçut entre les arbres de glace, vision éphémère, un lynx. Instinctivement, il ne put le désigner que comme "frère". Cela n'avait pas exactement le même sens pour lui que ses frères de sang, mais c'était proche. Il sut que c'était à chaque fois l'un des félins avec lesquels il avait joué étant petit. Il aurait cru... qu'il l'appelait. Mais jamais il ne franchit la frontière de l'interdit plus loin que celle qui séparait la plaine du Bosquet. Il attribua ces sensations - il ne voyait pas comment les qualifier autrement - comme provenant de son imagination. Et bien sûr, ne dit rien à personne. Lorsqu'il s'enfonçait dans la forêt de glace avec l'un de ses frères ou de ses sœurs, pas un museau ne pointait. Pourtant, le jeune homme gardait toujours l'impression qu'il était suivi, protégé. Cela le fit parler, le jour de son départ : "Prenez garde au Bosquet." Si les lynx l'avaient accepté, il n'était pas sûr qu'il en soit autant pour sa famille entière, et s'ils étaient protégés parce qu'il était présent, qui connaissait réellement les dangers qui couraient sous la cime de ces arbres ? Il l'avait regardée, cette cime... Il était convaincu que où qu'il aille, jamais il ne trouverait de lieu dégageant autant de beauté, de mystère... de magie...
Sentant soudain le regard des passants sur lui comme une aiguille dans son cou, Eryl se releva, laissant tomber la neige poudreuse à ses pieds. Tout abandonné à ses pensées, il ne s'était pas rendu compte qu'il était resté ainsi tout ce temps... dans la rue. Il entendit les murmures, et marcha un peu pour s'en éloigner. Il s"arrêta de nouveau une rue plus loin. Qu'importait qu'on le qualifie de fou, d'anormal, ou de quoique ce soit d'autre. Il partait. Sa décision était prise, il ne reviendrait pas dessus, mais il voulait prendre encore le temps de penser à sa vie ici avant de monter dans le bateau. Il fut à cet instant pris de regret. Il aurait peut-être pu aller faire ses adieux à ces félins qui avaient accompagné son existence... Mais la raison l'emporta. Il secoua la tête. Qui garantissait qu'ils l'accueilleraient aussi bien maintenant que lorsqu'il n'était qu'un minuscule, inoffensif, innocent enfant ? Il reprit son chemin avec cette certitude : il reviendrait. Qu'ils l'acceptent ou non, il avait encore à apprendre d'eux. Et puis, il n'était pas sûr de trouver leurs semblables sur l'autre continent. Après tout, le climat d'ici était unique, sa faune et sa flore également.
Le jeune homme commençait à apercevoir le mat des bateaux, lorsqu'il fut bien forcé de reconnaître la présence des humains autour de lui. Une vieille femme le bouscula. sans s'excuser, elle lui demanda de l'aide. Une personne qui lui était chère s'était perdue dans les Plaines, disait-elle. D'un signe de dénégation poli, Eryl refusa de lui porter assistance. Elle insista, mais il resta sur son refus. En fait, il avait déjà rencontré cette femme, mais elle ne semblait pas s'en souvenir - ou ne pas s'en soucier. Déjà à ce moment, il avait refusé, méfiant. Il avait visiblement eu raison, puisque le fait qu'elle n'ait toujours pas retrouvé cette "personne" égarée voilà des semaines était plus qu'équivoque. De plus son esprit ne semblait pas tout à fait... sain, et son odeur parut brusquement au nez du jeune homme devenir celle de la mort... Il continua son chemin sans plus prêter attention à elle. Elle finit par le laisser, hélant un autre badaud.
Arrivé au port, Eryl apprit que le prochain bateau pou le continent oriental, ou même pour l'Île de Nimmeï ne partait pas avant plusieurs heures... Il avait donc un peu de temps à tuer. Mais peu enclin à l'ennui, il regarda simplement les marins affréter le navire. A un moment, il lui sembla détecter du coin de l'œil un éclair bleu sur les toits. Plus tard, entre les bâtisses de la ville. Il eut beau se tourner, il ne put que garder l'impression de cette image fugitive sur sa rétine. Il haussa les épaules, cela n'avait guère d'importance. Faisant de nouveau face à l'océan, il rabattit sa capuche sur son visage, et attendit.
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Sujet: Re: Chemin vers le port - Départ Mar 16 Nov - 21:40
Depuis quand déambulais-je dans cet endroit déjà ? Le port de Nimmeï a toujours été un lieu qui m'a plu, attiré. Sans qu'il n'y ait pour cela aucune raison. Du temps où je vivais avec mes regrettés parents, pas une seule fois nous ne sommes venus ici. Nous n'avions en effet hélas, guère le temps de nous éparpiller dans un tourisme inutile. Influent, mon père allait papoter avec les Conseillers d'affaires plus ou moins importantes, Hadrian le suivait toujours, et ma mère faisait souvent le tour des boutiques pour nous approvisionner, que cela soit en nourriture, ou en étoffes. Et quand je venais étudier ici, je n'ai jamais visité Nimmeï. Un manque d'audace sans doute. Ma mère m'avait interdit de traîner dans la ville, alors je lui obéïssais docilement, craignant un courroux qui de toute façon, n'aurait jamais pû s'abattre sur moi. Comment aurait-elle donc su que je lui désobéïssais, alors qu'elle restait chez nous ?
Mais cette époque docile est révolue depuis longtemps. Trop longtemps maintenant, pour que je ne m'accorde plus de temps. Il me fut difficile de continuer à vivre, je suis devenue un pauvre hère, n'ayant pour seuls biens que la robe que je portais alors, courte, sombre, à la fois sophistiquée et commune.
Mon regard se perdit dans la grande bleu. Les arts de la séduction et autres arts de ma condition d’homme, n'ont plus pour moi le moindre intérêt. Le voyage eut sans doute été une bonne solution pour guérir mes maux et ma peine, dont je ne puis me défaire depuis que je ne vois plus ma mère. Oui, mais cette peine s'amenuise, disparaît de mon esprit quand j'observe les mous remous de cette mer qui semble aussi indécise que moi, et qui lèche sans vraiment avoir de coeur à l'ouvrage tous ces beaux bateaux que nous construisons ici.
Et tandis que je songeais vaguement aux ressemblances que j'avais avec cette onde passive, je sentis une main habile frôler mes hanches, et décrocher de mon ceinturon cette vieille bourse en cuir tannée, qui contenait hélas mes seules richesses.
Je vis le gredin s'enfuir, et me décidais à le poursuivre, malgré mon intense lassitude. Le voleur d'ailleurs, sembla peu surpris de voir que je l'avais repéré. Sans doute qu'il débutait sa carrière de malandrin...
" Eh oh ! Rendez moi mon bien, je vous ai vu !" lançais-je, espérant d'une part que le voleur me rende mon dû, et d'autre part que les ouvriers du port me viennent en aide.
Il n’en fut rien. Ils restèrent insensible à mon cri, malgré l’évidence : ils m’avaient entendu. Et le voleur qui accélérait, malmenant mes jambes peu habituées à ce genre de courses.
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Sujet: Re: Chemin vers le port - Départ Mar 16 Nov - 22:45
L'œil bleu se détacha de la contemplation passive qu'il faisait de l'océan. Un peu d'animation avait fait son apparition sur le port, le tirant de sa rêverie. Un cri fusa.
- Rendez moi mon bien, je vous ai vu !
Sous sa cape, Eryl sourit. Qui avait ainsi pu se faire avoir si facilement ? Le jeune homme tourna sa tête encapuchonnée vers la scène, qui promettait d'être intéressante... Bien plus qu'il ne l'avait cru au premier abord, en réalité : le voleur démasqué s'enfuyait dans sa propre direction. Il rabaissa la tête, faisant mine de n'avoir rien vu. Le malfaiteur arrivait sur lui, et passerait certainement devant lui sans lui prêter attention. Après tout, la plupart des passants ou des marins ne prenaient même pas la peine de freiner sa course, indifférents à l'acte répréhensible que celui-ci avait commis, autant qu'à la victime qui le poursuivait. Les hommes et leur fichu égocentrisme... Rien ne valait la peine de s'y attarder, si cela risquait de perturber leur petite vie tranquille... Le futur voyageur était différent. Non qu'il se souciait de la bourse entre les mains du malfrat, ou de la détresse du détroussé face à sa solitude. Simplement, quelque chose se passait... et il avait envie d'y participer. Cela lui ferait au moins passer le temps, si e n'était l'échauffer un peu avant la traversée. Le voleur se rendit compte de son implication seulement lorsqu'il passa devant l'être impassible, le visage masqué par sa cape claire. Car au dernier moment, celui-ci tendit la jambe. Impossible pour l'homme d'éviter le piège ainsi tendu, il trébucha violemment, s'étalant de tout son long dans la neige, aidé dans ce sens par la vitesse de sa fuite. Il tenta tout naturellement de se relever le plus rapidement possible, afin de ne pas se faire rattraper. Il aurait pu croire que provoquer sa chute n'était pas volontaire, jusqu'au moment où il vit le jeune homme aux traits dissimulés se lever avec plus d'agilité que lui. Le brigand n'eut pas vraiment le temps de réagir qu'un poing métallique l'avait frappé au foie.
Tranquillement, exactement comme si rien ne s'était passé, Eryl s'assit de nouveau, à la place qu'il avait quitté à peine quelques instants plus tôt. Les rares personnes qui avaient remarqué le léger remue-ménage qu'il avait provoqué reprirent leurs activités courantes, elles-aussi. Le spectacle avait été court et relativement silencieux, et aucun mal n'avait été fait pour qu'ils s'y attardent. Le voleur était tombé à terre sans que personne ne cherche à le retenir, et gisait à ses pieds, comme une loque sur le sol blanc. Même s'il l'avait voulu, Eryl n'était pas assez fort pour l'amortir, et la neige suffisait bien pour son état. L'homme inanimé mettrait un peu de temps avant de récupérer du choc qu'il lui avait infligé, mais si le fauve avait touché un point vital, la frappe n'avait pas été assez puissante pour avoir des conséquences graves. La victime du brigand arriva bien peu de temps après, peut-être assez pour comprendre ce qui s'était passé. Il semblait essoufflé, visiblement peu habitué à un rythme si effréné. Paisiblement, le regard fendu d'Eryl se posa sur lui. Du pied, il poussa doucement la bourse de cuir que le voleur avait laissé échapper en sombrant dans l'inconscience.
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Sujet: Re: Chemin vers le port - Départ Mer 17 Nov - 21:55
Maldoring, pendant sa course, avait tout vu, et quand il arriva sur les faits le voleur gisait dans la neige. Cet homme à la capuche était doté d’une agilité hors du commun. Pourquoi l’avait-il aidé ? Maldoring se pencha et ramassa sa bourse pleine. Mais qu’importe, il avait sa bourse maintenant.
- Merci l’ami, lança Maldoring encore essouflé de sa course poursuite.
Je me retournais vers le voleur. Il n'étais plus inconscient, et s'étatit tourné vers moi. L'air sombre de l’homme à la capuche ne m'était pas coutumier. J'observais donc plus longtemps le voleur : ses cheveux noirs encadraient son beau visage à la peau claire, toutefois tannée faiblement par le soleil, ses beaux yeux acier, gris, avaient une contenance particulière. Il portait une chemise à jabot noire, ouverte, qui laissait entrevoir la musculature de son torse, et la faible pilosité qui y était implantée, et des braies de la même couleur, ajustés, serrés dans des bottes de cuir montantes qui grimpaient jusqu'à ses genoux. Le voleur m’observais d’un rire narquois.
- Eh bien, qu’avez-vous à me sourire de la sorte ? A votre place, je ne ferais pas le fier. Je pourrais vous égorger comme un porc..., menaçais-je
Un rire amusé et sarcastique franchit ses lèvres. Comment pouvait-il se moquer aussi ouvertement de moi ? Je décidais pourtant de rester calme, et de réfléchir à ce que je ferais de lui.
- Bien... Vous me laissez maintenant ? osa-t-il exiger
Pardon ? Je le détaillais gravement. Son regard est clair, bleuâtre, aussi tranchant que de l’acier, sa peau est claire, et il a des cheveux noirs comme de l’ébène, mi-longs, qui flirtent avec ses épaules. Un de ses sourcils est arqué, en signe de défi, et ce fichu sourire ne disparaît pas...
- Pourquoi le ferais-je ?
Il sembla hésiter. Il me regarda, droit dans les yeux cette fois, comme s’il essayait de me convaincre
- Mais pour avoir les mains libres... Allons, un homme telle que vous ne va pas se salir les mains sur un ignoble gredin dans mon genre... souffla-t-il, caustique, exagérant les mots qui traitaient de sa situation
- J’hésite. Après tout, ne faut-il pas éliminer la vermine... plaisantais-je, avec un vague sourire au coin des lèvres. Maldoring se tourna alors vers l’homme à la capuche, « qu’en pensez vous, vous ? »
Dernière édition par Maldoring Iros le Sam 20 Nov - 14:29, édité 1 fois (Raison : Il n'étais plus inconscient et s'étatit tourné vers moi)